Pourquoi mon parfum sent-il plat, et que faut-il changer ?
Un parfum sent plat quand rien en lui ne s’oppose à rien : pas d’élan en tête, pas de contraste dans le cœur, pas de changement entre la première heure et la huitième. La correction n’est presque jamais d’ajouter de la matière ; c’est une ligne en désaccord avec le reste, ou une ligne retirée pour que les autres puissent être entendues.
Plat est la plainte la plus fréquente après brouillon, et les deux sont souvent confondus. Une formule brouillonne a trop de voix. Une formule plate a des voix qui disent toutes la même chose au même volume, et elle peut être plate avec quatre lignes aussi bien qu’avec vingt.
Pourquoi une formule sent-elle plat au bout de deux semaines ?
On appelle ici « plat » deux choses différentes, qui appellent des réponses différentes.
La première est la macération. Un concentré fraîchement mélangé est une foule de matières qui ne se sont pas encore posées, et les premiers jours sur l’étagère adoucissent les angles et laissent le mélange trouver sa forme. Si un essai sentait vivant au premier jour et terne au quatorzième, ce n’est généralement pas la macération qui l’a aplati ; ce sont les matières vives qui le rendaient animé qui se sont calmées, et ce qu’il y avait dessous était plat depuis le début. La macération révèle la formule ; elle crée rarement le défaut.
La seconde est votre nez. Sentez le même essai tous les jours pendant deux semaines et il paraîtra chaque jour plus plat, parce que vous vous y êtes habitué. Avant de changer quoi que ce soit, laissez-le de côté trois jours, puis sentez-le à côté d’une version que vous n’avez pas sentie depuis un mois. Si l’ancienne version paraît plus vivante, le défaut est réel ; si elles se ressemblent, le défaut venait du lecteur.
Quelles sont les causes habituelles ?
- Pas de tête. La formule commence dans le cœur. Rien ne s’élève dans les premières minutes, si bien que la première impression est la moyenne de la composition plutôt que son annonce.
- Pas de contraste dans le cœur. Toutes les matières de cœur appartiennent à la même famille, au même volume. Trois florales douces donnent une florale plus douce, pas une florale plus grande.
- Une matière à une dose prudente. La ligne censée donner du tranchant à la formule, une note verte, une épice, un aldéhyde, a été dosée si timidement qu’elle a disparu dans le mélange. Une matière à une dose assumée a une personnalité ; à une dose prudente, ce n’est que du bruit.
- Trop d’arrondi. Une grande part de matières discrètes et arrondissantes, celles qui rendent tout plus agréable, rendra aussi tout semblable. Les muscs et les bois doux sont les suspects habituels.
Comment savoir de laquelle il s’agit ?
Sentez l’essai à dix minutes, deux heures et huit heures, et demandez-vous à chaque fois ce qui a changé depuis la lecture précédente. Une formule qui se lit de la même façon aux trois moments n’a pas de structure temporelle : la cause est le choix des matières, généralement un cœur et un fond sans tête ni pont. Une formule vivante à dix minutes et plate à partir de deux heures a un problème de cœur. Une formule plate dès la première minute a un problème de contraste, et la question est de savoir quelle ligne devait s’opposer et ne l’a pas fait.
Un exemple détaillé
Une fougère simple : Lavender Essential Oil 35, Coumarin 20, Geraniol 15, Galaxolide 30, en parts. Elle sent juste et on a l’impression qu’il ne se passe rien. La lavande et le géraniol sont deux florales de volume moyen, la coumarine est douce et sucrée, et Galaxolide arrondit le tout. Chaque ligne est d’accord avec toutes les autres.
Le seul changement : ajouter Aldehyde C-11 Undecylenic en dilution à 10 %, 3 parts. C’est une matière puissante, et une petite dose élève l’ouverture, ajoute un tranchant propre, légèrement métallique, face au sucré, et donne à la lecture à deux heures quelque chose à avoir perdu. Essayez ce changement seul. Si la formule se lit désormais comme une composition plutôt que comme une odeur, l’essai suivant consiste à baisser Galaxolide de 30 à 20, pour que l’arrondi n’avale pas à nouveau le tranchant. Deux essais, deux phrases, et la fougère a une forme.
Ce qu’il ne faut pas faire : ajouter une deuxième lavande, une troisième florale ou davantage de coumarine parce que « la fougère ne ressort pas ». La fougère était là ; elle n’avait rien contre quoi se détacher.
Combien de contraste suffit ?
Assez pour qu’une ligne soit audible face au reste à chaque lecture, et pas plus. Le contraste n’est pas la dureté ; une trace d’aldéhyde ou une note verte à la bonne dose se ressent comme de la fraîcheur plutôt qu’elle ne s’entend comme une matière. Le test, c’est la mouillette à huit heures : si la ligne contrastante est encore légèrement présente face au fond, la dose est à peu près juste. Si elle dominait à dix minutes et avait disparu à deux heures, c’était une note de tête qui faisait le travail d’une note de cœur, et la formule a besoin d’un pont à la durée sur mouillette plus longue.
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